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Théorèmes d'incomplétude: un préliminaire

Table des matières

Un instant …

Le 19ème siècle et le début du 20ème ont connu des bouleversements profonds dans l'activité mathématique. Et parmi ces changements, on note la métamorphose de la logique, devenant alors la clé de voûte dans la construction de l'édifice mathématique.

L'une des dynamiques qui commandaient à cette évolution est le souci de la bonne définition des objets, leurs bonnes fondations et la cohérence de l'ensemble de l'édifice mathématique complet.

Mais l'évolution que Hilbert va entamer avec son programme changera le paysage, le statut et le rôle de la logique. Gödel était le tournant décisif dans cette dynamique !

… Une problématique

De manière toute « naturelle », on note deux grands principes qui président à l'acte fondateur de Connaissance:

  1. Exigence de totalité et processus de synthèse: « l'unite que constitue nécessairement l'objet net peut être autre chose que l'unité formelle de la conscience dans la synthèse du divers de représentations » (Kant, Critique de la raison pure).

    Ce processus est celui cherche à produire de l'Ordre, à imprimer une structure dans le Savoir.

  2. Coupures épistémologiques: la nouveauté est une transgression, une brisure de symétrie dans la litanie routinière.

Ces deux principes sont complémentaires et nécessaires l'un à l'autre: c'est en brisant l'ordre établi pour en renouveler le sens et les horizons que le progrès dans la Connaissance s'opère.

Un enjeu: les fondements !

Les théorèmes de Gödel étaient une réponse à la problématique de la bonne fondation des mathématiques.

Qu'entend – on par « fondements des mathématiques? »

On note trois caractérisations :

  1. Fondement axiomatique: produire un ensemble d'axiomes à partir desquels on peut déduire toutes les mathématiques. L'approche de la théorie des ensembles s'inscrit dans cette dynamique.
  2. Fondement conceptuel: mettre en perspective et décrire les concepts fondamentaux des mathématiques et leurs articulations, constituant ainsi une sorte de langage universel à partir duquel on peut penser l'ensemble des mathématiques.
  3. Fondement logique:montrer que les mathématiques ne sont pas contradictoires.

Remarque:

Et la logique dans tout ça …?

La logique, une théorie mathématique

  1. Elle utilise la logique comme les autres théories mathématiques.
  2. Elle étudie des sortes particulières d'objets mathématiques: propositions, théorèmes, raisonnement, démonstrations, etc.

Ces deux aspects disent la métamorphose historique qui s'est opérée pour donner la logique contemporaine: elle s'est mathématisée dans ses méthodes et dans son objet.

les buts de la logique

  1. Comprendre la nature intime du raisonnement mathématique.
  2. Faire du « raisonnement » une théorie mathématique comme les autres.
  3. donner un sens précis à ce que peut être le ''vrai'' dès qu'il s'agit de raisonnement et d'argumentation.
  4. S'assurer (se convaincre ?) que les mathématiques sont exemptes de contradictoires, de paradoxes.
  5. Mécaniser les processus de démonstration.
  6. exhiber les liens entre démonstrations et calculs.
  7. Formaliser les objets informatiques (c'est une orientation récente):
    1. Sûreté (par exemple: ligne 14 du métro) [ la question qu'on se pose est: est – ce que le logiciel est correctement développé vis-à-vis d'un cahier de charges ?]
    2. Sécurité [la question qui se pose ici: est-ce que des états d'erreur sont accessibles ?]

Construction de la logique [1]

La logique est composée de deux parties:

  1. La syntaxe: cette partie porte sur la manipulation formelle des objets manipulés
  2. La sémantique: cette partie s'intéresse aux valeurs de vérité des propositions, théorèmes, ...

L'aspect formel de la logique se fonde sur des axiomes (sortes de ''vérités premières'') et des règles de déduction. Ces deux éléments permettent de former des expressions particulières, que sont les théorèmes et ce via la construction d'objets mathématiques particuliers, à savoir les démonstrations (ou preuves).

Et les théorèmes alors … ? [2]

Énoncés:

  1. Si l'arithmétique élémentaire est w-consistante, elles comportes des formules fermées qui ne sont démontrables ni réfutables à partir des axiomes.
  2. Si l'arithmétique élémentaire est consistante, sa consistance, qui s'exprime par une formule dans le système, ne peut être prouvée à partir des axiomes du système.

Grandes lignes de la démonstration:

idée: projection et diagonalisation (analogue dans son principe à la démarche cantorienne)

  1. 1ère étape:

    Écrire formules et démonstrations arithmétiques sous forme de nombres devenant ainsi leurs codes. On fait de même avec les nombres, comme suites de signes, dans l'arithmétique formelle. Les propriétés métamathématiques se transposent vers les codes numériques [3]

  2. 2ème étape:

    On montre qu'elles sont exprimables par des formules arithmétiques et qui sont des fonctions récursives primitives (fonctions calculables à plusieurs variables obtenues par substitution et par récurrence à partir des fonctions constante, identité et successeur).

  3. 3ème étape:

    On construit une formule indécidable … on obtient ensuite le 1er théorème.

  4. 4ème étape:

    On exprime la consistance du système et par un procédé analogue, on tire l'indécidabilité du 2ème théorème.

Conséquences:

Pourquoi ces théorèmes ?

Ils sont une réponse aux orientations du programme formaliste de Hilbert:

Conséquences

  1. Reconnaissance de l'infini en mathématique et justification épistémologique (a posteriori)
  2. nécessité d'allier une réflexion philosophique sur le sujet et la réalité des objets mathématiques.
  3. Limites des machines fabriquées par l'homme et indécidabilité des systèmes formels.

Notes

  1. cf. le cours de logique de M. Richard Mijoule [c'est un excellent cours, fond et forme]; tout en soulignant un aspect important lié à la logique: c'est une démarche assez déconcertante de part l'objet et l'approche. C'est une démarche qui a des points communs avec la raisonnement mathématique classique, sans s'y réduire.
  2. Les énoncés présentés ici sont des énoncés équivalents, tiré de l'excellent ouvrage Le théorème de Gödel (J.-Y. Girard).
  3. On exprime des objets portant sur le système à l'aide des objets du système; c'est en cela qu'il y a projection.

Orientations bibliographiques:

la liste ne peut être en aucun cas exhaustive; les thèmes d'indécidabilité, d'incomplétude et des systèmes formels sont toujours des thèmes de recherche très active.

  1. [1] R. Blanché: La logique et son histoire d’Aristote à Russell. Editions Amand Colin, collection U, Paris, 1970
  2. [2] R. Blanché: L’Axiomatique. Editions P.U.F., Collection Quadrige,1999 (2ème éd.)
  3. [3] P. Cassou-Noguès: Gödel. Editions Les Belles Lettres, Collection Figures du savoir, 2004
  4. [4] P. Cassou-Noguès, Hilbert. Editions Les Belles Lettres, Collection Figures du savoir, 2005
  5. [5] A. Delessert, Gödel, une révolution en mathématiques - Essai sur les conséquences scientifiques et philosophiques des théorèmes gödeliens. Editions Presses Polytechniques et Universitaires Romandes, 2000
  6. [6] C. Raffali, K. Nour, R. David: Introduction à la logique - théorie de la démonstration. Editions Dunod, Collection Sciences Sup, 2003
  7. [7] R. Cori & D. Lascar: Logique mathématique. Editions Dunod, Collection Sciences Sup, 2003
  8. [8] D. Vernant: Introduction à la logique standard. Editions Flammarion, Collection Champs-Université n° 3027, 2001
  9. [9] J. Lassègue: Turing. Editions Les Belles Lettres, Collection Figures du savoir, 2003
  10. [10] E.Charpentier, L. Habsieger & N. Nikolski: Leçons de mathématiques d’aujourd’hui. Editions Cassini, Collection Le Sel et Le Fer, 2003
  11. [11] J. Gray, Le défi de Hilbert – un siècle de mathématiques. Editions Dunod, Collection UniverSciences, 2003
  12. [12] E. Nagel, K. Gödel & J.-Y. Girard: Le théorème de Gödel. Editions Seuil, Collection Points, 1997
Auteur : Hamza HAJJI
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